Les tensions sont encore montées d’un cran entre la France et l’Algérie. Plus de 60 ans après l’indépendance du pays, le Parlement algérien a adopté cette semaine une loi criminalisant la colonisation française et demande à la France des excuses officielles. Alors, que contient cette loi et comment a réagi l’État français ? Salut, c’est Blanche.

J’espère que vous allez bien et que vous avez passé un joyeux Noël si vous le célébrez. De notre côté, on continue ce format pendant les vacances. On est parti pour un nouveau résumé de l’actualité en une dizaine de minutes. C’est donc ce mercredi que le Parlement algérien a adopté à l’unanimité une loi visant à criminaliser la colonisation française en Algérie qui a eu lieu de 1830 à 1962.
Jusqu’ici, les autorités algériennes évoquaient surtout la nécessité d’une reconnaissance des faits par la France. Mais cette fois-ci, l’Algérie réclame donc officiellement des excuses formelles et des réparations intégrales. On va voir ce que ça implique dans un instant. La loi insiste sur le fait que l’Algérie n’était pas un territoire vide mais un état organisé avant 1830, donc avant la colonisation française.
Et elle décrit la conquête française, comme je cite, une violation flagrante et continue du droit international. Dès 1830, la conquête de l’Algérie a entraîné des massacres massifs, la destruction des structures économiques et sociales ainsi que des déportations. Plusieurs soulèvements ont été brutalement réprimés avant la guerre d’indépendance qui s’est déroulé entre 1954 et 1962 et qui aurait coûté la vie à 1,5 million de personnes selon l’Algérie et à environ 500000 donc 400000 Algériens selon les historiens français. L’objectif de cette loi, c’est
donc de traiter la colonisation comme une question de droit et plus seulement comme une injustice du passé afin d’ouvrir la voie à des réparation. Cette initiative qui a été validée par le président algérien Abdel Majid Teboun intervient alors que plusieurs projets similaires avaient été abandonnés par le passé.
Mais alors, que contient concrètement cette loi ? Le texte dresse d’abord une liste détaillée des crimes de la colonisation française qualifié d’imprescriptible. Ça concerne par exemple les massacres de civils, les exécutions extrajudiciaires, la torture physique et psychologique à grande échelle, les violences sexuelles, les spoliation foncières, donc le vol de terre, les déplacements forcés de population et le pillage systématique de richesse.
Il mentionne également les 17 essais nucléaires français menés dans le Sahara algérien entre 1960 et 1966 et dont les conséquences sanitaires et environnementales perdurent. La loi exige que la France procède à la décontamination complète des sites nucléaires, qu’elle fournisse les cartes précises des zones polluées et indemnise les victimes, y compris les générations actuelles affectées par les retombées radioactives.
La loi réclame aussi la restitution des archives, des biens culturels spoliés et des corps de résistants algériens. Autre point important à évoquer, le texte qualifie la collaboration des harquis de haute trahison. Les Arquis, ce sont des Algériens qui ont combattu au côté de l’armée française pendant la guerre d’Algérie.
Ils étaient des centaines de milliers et ont été fortement exposés au représailler enfin le texte criminaliste toute apologie ou justification de la colonisation française avec des peines pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison. Maintenant qu’on a vu ça, quelle a été la réaction française ? Bon déjà, il faut savoir que cette loi a surtout une portée symbolique.

Juridiquement, elle ne peut pas contraindre la France, mais elle marque un tournant mémoriel majeur. En fait, la question de la colonisation française en Algérie a toujours été un sujet très sensible entre les deux pays. En 2017, Emmanuel Macron, qui était alors candidat à la présidentielle avait qualifié la colonisation de l’Algérie de crime contre l’humanité.
Il avait reconnu la nécessité de regarder ce passé en face en présentant des excuses symboliques aux victimes. En janvier 2021, un rapport commandé à l’historien Benjamin Stora, spécialiste de l’Algérie, avait servi de base à de nouvelles propositions de gestes symboliques de la France pour tenter de réconcilier les deux pays, tout en excluant des excuses officielles.
Le rapport préconisait notamment d’ouvrir les archives pour que les historiens puissent travailler sur cette période. Et quelques mois plus tard, Emmanuel Macron avait provoqué un tollé en Algérie en s’interrogeant sur l’existence d’une nation algérienne avant la colonisation. En tout cas, pour en revenir à la loi adoptée cette semaine en Algérie, le ministère français des affaires étrangères l’a dénoncé comme une initiative manifestement hostile, à la fois à lavolonté de reprise du dialogue franco-algérien et à un travail serein
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