La Chine a lâché des chevaux dans un désert aride dépourvu d’herbe — ce qui s’est passé ensuite a stupéfié les scientifiques

En décembre 1986, onze chevaux ont débarqué d’un avion cargo pour poser les sabots sur un désert si aride que les éleveurs locaux ne le considéraient même plus comme une terre. C’était un endroit où plus rien ne poussait : ni herbe, ni eau, avec des hivers plongeant à -40 °C. Le gouvernement chinois venait de dépenser des millions pour transporter ces animaux nés en captivité à l’autre bout du monde. Pour tous les écologues sérieux de la planète, cette initiative s’apparentait à une condamnation à mort. Une équipe de la BBC, venue filmer l’événement, a même plié bagage au bout de deux jours, convaincue d’assister à un désastre en temps réel. Pourtant, ce que ces onze chevaux ont accompli par la suite a défié toutes les prédictions scientifiques.

L’effondrement écologique du bassin de Junggar

Pour comprendre l’audace de ce projet, il faut observer ce qu’était devenu le bassin de Junggar en 1986. Pendant 10 000 ans, des chevaux sauvages avaient parcouru ces steppes, façonnant l’écosystème au rythme de leurs sabots. Mais en 1969, ils ont totalement disparu. La dernière observation confirmée par une équipe soviétique se résumait à quelques empreintes dans la boue séchée et une poignée de poils accrochés à des herbes du désert.

Ce qui a suivi fut un effondrement écologique d’une ampleur terrifiante. Sans le piétinement des chevaux, le sol a durci pour former ce que les chercheurs ont appelé un béton biologique. Les 10 à 15 cm de pluie annuelle ne pénétraient plus la terre : l’eau ruisselait sur cette croûte imperméable et s’évaporait en quelques heures. Les graines ne pouvaient plus germer. Les niveaux d’azote se sont effondrés, à tel point qu’en 1974, les scientifiques comparaient les échantillons de sol du bassin à de la poussière lunaire.

Le désert de Gobi s’est alors mis en mouvement, progressant de 70 km par décennie, engloutissant prairies, villages et terres agricoles. À plus de 1 600 kilomètres de là, Pékin subissait des tempêtes de sable apocalyptiques. En mars 1983, une seule tempête a déversé 43 000 tonnes de terre arable du bassin sur la capitale chinoise en moins de 72 heures, provoquant une hausse de 300 % des urgences respiratoires.

L’échec des solutions humaines

Face à cette crise, la Chine a tenté de répliquer avec le projet de la Grande Muraille Verte lancé en 1978 : une barrière forestière de 4 500 km. Cependant, les arbres plantés nécessitaient plus d’eau que le désert ne pouvait en offrir. Les nappes phréatiques, stables depuis des siècles, ont chuté de 12 mètres dans certaines régions. Les arbres mouraient sur pied, leurs racines ne parvenant plus à atteindre l’eau, et des villages entiers ont dû être relocalisés à cause de puits asséchés.

C’est dans ce contexte de désespoir total qu’en 1985, un chercheur nommé Yong Jianming a proposé une idée insensée aux responsables gouvernementaux : arrêter de combattre le désert avec des bulldozers et des plantations d’arbres, et ramener l’animal qui avait maintenu cet endroit en vie depuis la dernière ère glaciaire.

Le cheval de Przewalski : un ingénieur naturel

Le cheval de Przewalski n’est pas un équidé ordinaire. Doté de 66 chromosomes (contre 64 pour les chevaux domestiques), il est la seule espèce de cheval au monde à n’avoir jamais été domestiquée. C’est une fenêtre vivante sur l’ère glaciaire, identique aux animaux peints sur les parois des grottes par nos ancêtres.

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