La Belle au bois dormant

La Belle au bois dormant : résumé d’une histoire incontournable
Le roi et la reine se morfondent de ne pas avoir d’enfant. Un jour, une grenouille apparaît et annonce: « Ton vœu sera exaucé, avant un an, tu mettras une fille au monde ». La prédiction de la grenouille se réalise, la reine donne naissance à l’enfant tant désiré. Le roi organise une grande fête pour célébrer l’événement et y invite toutes les fées du pays. Mais une méchante fée que l’on avait oubliée arrive et jette un sort à la petite princesse : « À quinze ans, tu te piqueras à un fuseau et tu tomberas morte ». Une autre fée tente de le conjurer : « Tu ne mourras point, tu dormiras cent ans »…

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“La Belle au bois dormant” vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Existe-t-il plusieurs versions de La Belle au bois dormant ?
La version proposée ici, sur Storyplay’r, est la version écrite par les frères Grimm, mais il en existe d’autres, parmi lesquelles celle du célèbre Charles Perrault.

La majorité d’entre nous connaît uniquement La Belle au bois dormant écrit par les frères Grimm, mais il existe une autre version rédigée par Charles Perrault avec le même titre. Chez les frères Grimm, l’histoire s’arrête au réveil de la princesse et à son mariage avec le prince. Mais Perrault qui est, rappelons-le, un auteur du XVIIe siècle qui a précédé les frères Grimm de près de 100 ans, continue avec une seconde partie dans laquelle le lecteur découvre que la mère du prince est une ogresse et souhaite manger sa belle-fille et ses petits-enfants ! Cette partie est peu connue car l’adaptation de Walt Disney® (qui reprend celle des frères Grimm) est ancrée dans l’imaginaire collectif.

Quelles sont les différences entre les deux versions célèbres de La Belle au bois dormant ?
Trois distinctions majeures sont à connaître entre la version du conte des frères Grimm et celle de Charles Perrault :

● Le nombre de fées : elles sont treize dans la version Grimm tandis que dans celle de Perrault, il y a huit fées dont sept fées-marraines. Il va sans dire que le chiffre 13 fait référence à la religion chrétienne et plus particulièrement au dernier repas du Christ. Il porte en lui la symbolique d’un malheur.

● Le prénom de la Belle au bois dormant : dans le conte des frères Grimm, la princesse est surnommée « Fleur d’Épine », mais le lecteur ne le sait qu’à la fin de l’histoire. Chez Perrault, la princesse n’a tout simplement pas de prénom attitré, elle est « la princesse », tout comme le prince est « le prince ». Le prénom Aurore est en fait celui de leur petite fille, prénom que reprendra Walt Disney® pour la princesse dans son adaptation.

● La morale de l’histoire : si la version des frères Grimm ne contient aucune morale, il en va tout autrement pour celle de Perrault. À la fin de l’histoire, une moralité scindée en deux paragraphes souligne le désir des femmes de se marier. L’auteur vante la patience féminine, mais reconnaît qu’une attente trop longue avant le mariage est peu supportable pour le soupirant.

Quelle est l’interprétation psychologique de La Belle au bois dormant ?
Dans son ouvrage Psychanalyse des contes de fées (1976), Bruno Bettelheim voit La Belle au bois dormant comme un récit initiatique pour les jeunes filles. Les règles sont symbolisées par la malédiction, suivies d’un repli sur soi qui n’est autre que le sommeil pendant cent ans dont la figure masculine (le prince) est le sauveur, le libérateur. Ce psychanalyste analyse la fonction des contes de fées sur le psychisme et les émotions de l’enfant, sans jamais faire référence à un prédateur sexuel comme d’autres le soulignent. De plus, il met en avant le lien mère-fils : « la mère œdipienne qui est si jalouse de la jeune fille dont son fils est tombé amoureux qu’elle veut la tuer » (référence à la version de Perrault).

Pourquoi raconter ce conte aux enfants ?
Au-delà du simple divertissement, les contes de fées possèdent plusieurs vertus thérapeutiques bien connues. Qu’ils visent à distraire ou à édifier, les contes portent une force émotionnelle et philosophique puissante et contribuent ainsi à favoriser le développement cognitif et émotionnel de l’enfant, tout en le préparant aux épreuves qu’il lui faudra surmonter pour atteindre le bonheur et réussir sa vie.

Et si « La belle au bois dormant » est parvenue jusqu’à nous aujourd’hui, c’est bien qu’elle ne fait pas exception à la règle. Tant s’en faut, cette histoire incontournable, comme beaucoup d’autres chefs-d’œuvre de la littérature jeunesse, présente tous les éléments constitutifs d’un conte de fée réussi. Le roi, la reine étant les bons parents, la marâtre, la sorcière et l’ogre étant les images fantastiques des parents méchants frustrants, offrent à l’imaginaire infantile des repères simplifiés (bon/ méchant, héros/ennemi) pour exprimer des pensées ou des sentiments réprimés dans la vie réelle. Mais, bien évidemment, tout finit toujours bien, par le succès et le réconfort : formule presque parfaite pour répondre aux angoisses de l’enfant, en lui donnant les clés pour trouver son chemin et s’épanouir dans la vie.

Mais comment le conte « La belle au bois dormant » peut-il aider un enfant à surmonter ses angoisses profondes ?
« Les contes de fées, tout en divertissant l’enfant, l’éclairent sur lui-même et favorisent le développement de sa personnalité. Ils ont tant de signification aux niveaux différents et enrichissent tellement la vie de l’enfant qu’aucun autre livre ne peut les égaler. » Ce sont les mots de Bruno Bettelheim, psychanalyste autrichien né en 1903, qui reste reconnu pour son ouvrage passionnant publié en 1973 « Psychanalyse des contes de fées ».

Pour le pédagogue spécialisé dans l’autisme infantile, les contes de fées constituent un rite de passage entre l’univers de l’enfance et le monde des parents. Il y voit des outils ludiques pour stimuler l’imagination des enfants et leur donner prise sur leur monde interne, si bien que les contes de fées soulèvent, dit-il, les problèmes intérieurs de l’être humain et leurs solutions, plus que toute autre forme de littérature. En laissant à l’enfant le soin de mettre ses angoisses, ses soucis et ses attentes sous forme de narration et de co-créer la suite de l’histoire avec ses parents, les contes de fées permettent à l’enfant de voir clair dans ses émotions et ses aspirations, et de prendre conscience de ses difficultés tout en lui suggérant des solutions aux problèmes qui le troublent.

Dans cet esprit, on peut comprendre que « La belle au bois dormant » peut servir comme modèle quasiment pédagogique aux jeunes enfants qui recherchent toujours un sens à ce monde mystérieux des adultes qu’ils vont devoir affronter. Plus précisément, elle les prépare à la patience face aux grandes épreuves de la vie : le long sommeil que la princesse a subi symbolise une période de repli sur soi et d’extrême mutisme, souvent vécue par beaucoup de jeunes avant de commencer leur vie d’adulte. Bien qu’elle n’aboutirait surtout pas au bonheur ultime tant promis dans les contes de fées, cette phase reste une étape essentielle pour arriver à la maturité.

Pour en savoir plus sur l’œuvre de Bruno Bettelheim, ne manquez pas notre article de blog : La psychanalyse des contes de fées par Bruno Bettelheim.

Quelle est la morale de l’histoire de la Belle au bois dormant ?
La tradition veut qu’à la fin d’un conte l’on écoute « la morale de l’histoire », sauf que la version des frères Grimm ne propose pas une morale claire. Cependant, la moralité proposée dans le conte de Perrault se fait davantage ressentir, et peut ainsi être repérée dans deux passages distincts :

• « Attendre quelque temps pour avoir un époux riche, bien fait, galant et doux, la chose est assez naturelle. Mais l’attendre cent ans et toujours en dormant, on ne trouve plus de femelle qui dormît si tranquillement ! »

• « La Fable semble encor vouloir nous faire entendre que souvent de l’hymen les agréables nœuds, pour être différés, n’en sont pas moins heureux »

Dans les deux passages, le poète met en relief le désir des femmes de se marier vite, une morale qui semble concerner les femmes plus que les enfants et qui nous amènera naturellement à évoquer le caractère sexiste de cette morale et de ce conte.

Pourquoi “La Belle au bois dormant” est-il considéré comme sexiste ?
La Belle au bois dormant, le baiser et le consentement:
D’abord, on connaît tous l’histoire du fameux baiser de l’amour qui a sorti la princesse de son long sommeil, mais il n’est pas inutile de noter que le prince a embrassé la belle endormie sans aucun consentement !

Faut-il pour autant y voir, comme certains, une culture sous-jacente du viol ? Les avis divergent mais il est certain que ce sera un premier point à évoquer clairement avec son enfant au moment de la lecture en disant par exemple : « Dis-donc, tu as remarqué qu’il embrasse la princesse sans même lui demander son avis ! A-t-il bien essayé de la réveiller avant ? » etc…

Attendre le prince charmant est-il un objectif dans la vie d’une femme ?
Ensuite, l’idée d’un « prince sauveur » qui s’apprête à faire tout pour sauver une princesse, qui attend à son tour désespérément qu’on vienne l’enlever à sa vie monotone voire misérable pour la conduire vers un futur plus brillant, présente une symbolique stéréotypée et archaïque des rapports homme-femme. Concrètement, cette image enferme la femme dans une attitude passive et dont le principal objectif serait de trouver ou pire, d’attendre qu’un homme la trouve et lui ouvre le chemin d’une vie réussie.

Autrement dit, ce type de récits peuvent instaurer un but inconscient dans les cerveaux des jeunes femmes en devenir : attendre un prince charmant pour finir heureuse et comblée comme on attend le Messie.

la suite dans la page suivante

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