Aujourd’hui encore, en 2026, la situation n’a pas changé, elle s’est même parfois aggravée. Les agriculteurs, piliers de notre souveraineté alimentaire et gardiens de nos terroirs, sortent à nouveau les tracteurs. Ils bloquent les routes pour dénoncer les normes européennes aberrantes qui les étranglent, les importations déloyales qui détruisent leur travail acharné, et le mépris qu’ils ressentent, aussi bien à Bruxelles qu’à Paris. C’est une colère légitime face à un système qui semble marcher sur la tête. On valide des accords internationaux qui autorisent l’importation massive de produits alimentaires bourrés de substances chimiques ou d’antibiotiques, sans aucun contrôle sérieux, alors que nos propres producteurs doivent respecter des règles sanitaires et environnementales toujours plus strictes, toujours plus coûteuses. Le résultat est mathématique et tragique : on fait entrer sur le marché français des poulets trois fois moins chers, produits dans des conditions douteuses, qui concurrencent directement nos éleveurs. Comment voulez-vous qu’ils survivent face à une telle distorsion de concurrence ? Comment ne pas comprendre leur rage de voir leur métier disparaître ?
Alain Souchon et ses Fils – 100 Minutes de Grâce aux Arènes de Bouillargues – MondesFrancophones.com
Et c’est précisément dans ce contexte explosif, dans cette France qui souffre et qui lutte pour sa survie économique, qu’Alain Souchon intervient pour expliquer, du haut de sa tribune médiatique, que les Français ne seraient pas capables de voir la réalité. Un homme de 81 ans, bénéficiant potentiellement de la double nationalité, qui traite implicitement des millions de Français de “cons” alors qu’ils galèrent chaque jour pour nourrir leurs enfants et payer leurs factures, cela ne passe plus. Ce type de discours est devenu inaudible, insupportable. C’est précisément cette attitude, ce dédain affiché, qui alimente la colère populaire et fait grimper le Rassemblement National ou d’autres mouvements qualifiés de populistes. Ces élites jugent de haut, depuis leurs quartiers préservés, sans jamais se confronter à la vraie vie, à l’insécurité grandissante, aux fins de mois impossibles, à la fatigue morale qui pèse sur les épaules des travailleurs.
Puis, comble de l’ironie ou de l’aveuglement, ils s’étonnent que le vote protestataire explose dans les urnes. En vérité, ce sont ces élites déconnectées qui fabriquent elles-mêmes ce qu’elles dénoncent. Elles sont les artisans du ras-le-bol général et de la montée des extrêmes. Quand depuis 40 ou 50 ans, ce sont toujours les mêmes partis qui se succèdent, les mêmes discours formatés qui sont prononcés, et les mêmes promesses non tenues qui sont ressassées, il arrive un moment inéluctable où certains citoyens se disent qu’il faut peut-être tenter autre chose. Simplement pour voir, simplement pour bousculer l’ordre établi qui ne leur apporte aucune solution. Quand on est désespéré, quand on a le sentiment d’avoir tout essayé sans résultat, on est prêt à tout pour s’en sortir, même à voter pour ceux que le système diabolise.
Le Rassemblement National est-il la solution ou non ? L’avenir le dira. Les élections municipales et présidentielles de 2027 approchent et nous verrons bien ce que les urnes décideront. Mais il est une certitude arithmétique et sociale : quand 11 millions de personnes votent pour le même parti depuis des années, ce n’est pas en les insultant, en les traitant d’imbéciles ou de “bêtes”, qu’on règle le problème. Ce mépris ne fait que renforcer leur détermination et leur sentiment d’injustice. Il y a des raisons profondes à analyser, des souffrances réelles à entendre, pas un peuple à mépriser. Il faut écouter ce que ces votes disent de l’état de notre pays, de l’état de nos services publics, de l’état de notre cohésion sociale.
Au final, Alain Souchon s’étonne aujourd’hui de la colère qui se déverse sur lui, alors qu’il devrait surtout profiter de cet épisode pour se remettre en question. Le vrai ras-le-bol est là, palpable, vibrant. Il réside dans cette déconnexion totale entre ceux qui ont la parole médiatique et ceux qui subissent les décisions politiques. Et ça se ressent de plus en plus, partout, dans les conversations, sur les réseaux sociaux, dans la rue. Quant à Alain Souchon, s’il s’inquiète de voir ses ventes devenir dérisoires, de voir son public se détourner, moi personnellement, cela ne me plonge pas dans la dépression. Au contraire, face à cette justice du public, face à ce retour de bâton somme toute logique, cela me laisse plutôt indifférent, voire serein. C’est peut-être le signe que le respect ne peut pas être à sens unique et que la parole du peuple, même silencieuse, finit toujours par se faire entendre, ne serait-ce qu’en fermant son porte-monnaie.
la suite dans la page suivante