En pleine canicule, le parti d’extrême droite se réfugie derrière son idée phare pour masquer un manque de travail et d’ambition plus globale sur le terrain climatique. 👉

Quand Le Pen décrédibilisait le Giec
Reste que cette défense de la climatisation, qui peut rencontrer un certain écho auprès des Français, dissimule mal un manque flagrant d’ambition et d’intérêt pour la lutte contre le changement climatique. Depuis toujours, le Rassemblement national (ex-Front national) se désintéresse du sujet, moquant même ceux qui s’en préoccupent. Ainsi, au début des années 2000, Jean-Marie Le Pen ironisait-il sur le « catastrophisme des Verts qui s’appuient sur l’analyse discutable de phénomènes comme l’effet de serre ».

Quand elle reprend les rênes du parti en 2011, Marine Le Pen marche dans les pas de son père en affirmant qu’elle n’est « pas sûre que l’activité humaine soit l’origine principale » du réchauffement climatique. Pas besoin de remonter très loin puisque même en 2023, la patronne du parti freinait des quatre fers toute avancée écologique, estimant que les experts du Giec « ont toujours été alarmistes ». « Des propagandistes qui ont un côté effrayant », chargeait aussi le député Hervé de Lépinau, à l’unisson de nombreux cadres qui subissent leurs anciennes déclarations comme un boomerang ce printemps.

De fait, il est un peu déconcertant de voir les principales têtes d’affiche du RN affirmer, aujourd’hui, que la France n’est pas allée assez loin en matière d’adaptation au changement climatique. Dimanche, sur france info, Sébastien Chenu invoquait les rapports du Giec pour dénoncer l’inaction du gouvernement. Le député Thomas Ménagé estimait de son côté sur France Inter qu’« il faudrait être fou pour ne pas voir l’accélération » du changement climatique. Un revirement très clair, que ses opposants ne manquent pas de taxer d’opportuniste.

Le RN et l’amour des énergies fossiles
À scruter les amendements déposés par le RN à l’Assemblée ces dernières années, on s’aperçoit effectivement qu’ils ne vont quasiment jamais dans le sens de la protection du climat et de la biodiversité. Les troupes de Marine Le Pen ont proposé de supprimer plusieurs dispositifs permettant d’adapter la société au changement de températures (l’Agence nationale de l’habitat, le Fonds vert, MaPrimeRénov’…). Sans parler de l’Ademe, chargée de promouvoir et financer des solutions pour la transition écologique.

Pourfendeur de « l’écologie punitive », le parti d’extrême droite entend aussi supprimer les réglementations liées au DPE (diagnostic de performance énergétique), se privant ainsi d’un levier qui pousse les propriétaires à rénover leurs logements. De même, il propose de supprimer le ZAN (zéro artificialisation nette), alors même que la bétonisation accroît les îlots de chaleur en ville. Quant aux autres sujets majeurs liés à l’adaptation (végétalisation, gestion de l’eau…), il ne dit rien.

Enfin, concernant les enjeux cruciaux de décarbonation et de transition, le RN est l’une des dernières formations politiques à soutenir mordicus les énergies fossiles (pétrole, gaz…) et à s’opposer au développement du renouvelable. À l’Assemblée, les troupes de Marine Le Pen votent presque toujours contre les mesures visant à réduire la consommation d’hydrocarbures en France, soutenant les voitures thermiques, les chaudières au fioul, une moindre taxation du carburant, et refusant même de réguler les méga yachts et les jets privés. Quelques déclarations ne suffiront pas à sortir de trente ans de déni climatique.

la suite dans la page suivante

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *