L’avocate hésita.
Pour la première fois.
Comme si elle pesait chaque mot.
— Parce que votre accident n’est pas le plus grand problème.
Un frisson traversa Camille.
— Alors quel est le plus grand problème ?
Maître Martin ouvrit la chemise.
À l’intérieur se trouvaient plusieurs documents.
Des relevés bancaires.
Des actes notariés.
Des copies de contrats.
Et une photographie.
Camille la prit.
Son souffle se coupa.
La photo avait été prise quelques semaines auparavant.
Sur le port de La Ciotat.
On y voyait Julien.
Et un homme qu’elle connaissait parfaitement.
Antoine Vasseur.
Le directeur financier du groupe Ravel.
— Pourquoi avez-vous cette photo ?
demanda-t-elle.
— Parce que votre père la possédait.
Camille releva brusquement la tête.
— Mon père est mort il y a trois ans.
— Oui.
Nouvelle pause.
— Et juste avant sa mort, il a commencé à enquêter sur la famille Ravel.
La pièce sembla soudain plus froide.
— Pourquoi ?
— Il pensait qu’ils préparaient quelque chose.
— Quelque chose comme quoi ?
Maître Martin secoua lentement la tête.
— Nous n’avons jamais eu le temps de le savoir.
Puis elle sortit une enveloppe brune.
Vieille.
Cornée.
Scellée.
— Il m’a confié ceci deux jours avant son décès.
Camille sentit ses mains devenir moites.
— Qu’est-ce qu’il y a dedans ?
— Je ne l’ai jamais ouverte.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il m’a demandé d’attendre.
— Attendre quoi ?
Cette fois, le regard de l’avocate se fixa droit dans le sien.
— Que les Ravel pensent avoir gagné.
Le silence tomba comme une pierre.
Au loin, on entendait les vagues contre les rochers.
Le tic-tac discret d’une horloge.
Et les battements du cœur de Camille.
— Mon père savait ?
— Il savait qu’ils vous utilisaient.
— Pour quoi ?
— Cela, je l’ignore encore.
Mais il avait peur.
Très peur.
Maître Martin posa alors la main sur l’enveloppe.
— Il a laissé des instructions très précises.
Camille observa le papier jauni.
Le sceau intact.
L’écriture familière de son père.
Puis son regard s’arrêta sur une phrase griffonnée au dos.
Une seule.
Quelques mots seulement.
Mais ils suffirent à faire disparaître toute couleur de son visage.
Parce que son père n’avait pas écrit le nom de Julien.
Ni celui d’Hélène.
Ni celui d’Antoine Vasseur.
À la place, il avait écrit :
« Si Camille est encore en vie, c’est que l’enfant est la véritable cible. »
Et, pour la première fois depuis qu’elle avait été poussée dans la mer, Camille comprit que sa chute n’était peut-être que le début d’un plan beaucoup plus ancien.
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