À 90 Ans, Nana Mouskouri Admet ENFIN Ce Que Nous Soupçonnions Tous
L’image est saisante. Elle est gravée dans notre mémoire collective comme une estampe indélébile. Une silhouette drapée de noir, parfois de blanc immaculé, une chevelure d’ében lisse qui cascade sur ses épaules comme une rivière de nuit et surtout ses lunettes. Ces fameuses lunettes à monture noire, rectangulaire, sévère qui contrastent si violemment avec la douceur angélique d’une voix qui a bercé le monde entier.
Nana Mousouri. Prononcer ce nom, ce n’est pas seulement évoqué une chanteuse, c’est évoqué une institution, une divinité grecque qui semble avoir traversé les décennies sans jamais trébucher, sans jamais faillir, flottant au-dessus des modes et du temps. Avec plus de 300 millions d’albums vendus, elle dépasse en chiffre des titans comme Madonna ou Céline Dion.

Elle a chanté dans quinze langues. Elle a serré la main de Kennedy. Elle a enregistré avec les plus grands maîtres du jazz à New York. Et elle a rempli les stades de Tokyo à Santiago du Chili. On l’imagine vivant dans un olympe doré préservé des tracadas mortelles, intouchables. Une statue de marbre froide et parfaite que rien ne peut atteindre.
Mais les statues, si on s’approche assez près, portent toujours les traces du burin. Elles portent les cicatrices de la violence qu’il a fallu pour sculpter cette perfection. Et derrière les lunettes noires, il y a des yeux qui ont pleuré beaucoup plus que vous ne pouvez l’imaginer. Aujourd’hui, alors qu’elle vient de franchir le cap monumental des 90 ans, Nana Mouskouri a décidé de ne plus se taire.
Au crépuscule de sa vie, elle fait voler en éclat le mythe de la sérénité absolue. Elle nous ouvre les portes de son enfer personnel. Elle nous parle pour la première fois avec une honnêteté désarmante de ce cancer foudroyant qu’elle a caché au monde entier. terrifié à l’idée qu’on la voit vulnérable, elle nous confie comment sa retraite annoncée en grande pompe en 2008 a failli devenir son tombeau.
Et surtout, elle révèle le secret originel, cette culpabilité sourde qui l’arronge depuis l’enfance, le sacrifice d’une sœur oubliée dont elle a, selon ses propres mots, volé le destin. Comment celle qui a chanté l’amour et l’espoir pour la planète entière a-t-elle pu se sentir si désespérément seule ? Pourquoi au sommet de sa gloire se sentait-elle comme une imposture ? Et quelle est cette force surnaturelle qui lui a permis de tromper la mort non pas une fois mais trois fois ces dernières années ? Ce que vous allez entendre
maintenant n’est pas une simple biographie, c’est une confession. C’est le récit d’une femme qui a dû mourir symboliquement pour enfin apprendre à vivre. C’est l’histoire poignante de Johanna, la petite fille miope de Crête qui a passé sa vie à essayer de mériter l’amour qu’on lui portait. Si vous aimez découvrir la vérité humaine derrière les paillettes, si vous croyez que chaque histoire mérite d’être entendue avec compassion, je vous demande humblement de prendre une fraction de seconde pour cliquer sur le pouce bleu juste en
dessous. C’est un geste gratuit pour vous, mais pour nous, c’est le souffle qui permet à ces histoires d’exister. Je vous en remercie du plus profond de mon cœur. Fermez les yeux, oubliez la star et imaginez une île. Nous sommes en 1934, la Cané sur l’île de Crête, une terre de myth de soleil brûlant et de vent violent.
C’est ici que pousse le premier cri de Johanna Mousouri. Mais ce n’est pas un cri de joie insouciante. Le monde est au bord du précipice. Les nuages noirs du fascisme s’amoncellent sur l’Europe et la petite Johanna avec cette anxiété dans le sang une intuition viscérale que la paix est une chose fragile, éphémère, prête à se briser comme du vert.
Très vite, la famille déménage à Athène et c’est là que l’enfer se déchaîne. 1941, l’occupation nazie. Ce ne sont pas des pages d’un manuel d’histoire pour la petite nana. C’est la réalité de chaque matin. Le bruit des bottes allemandes sur les pavés qui raisonne comme un glas, le hurlement des sirènes qui déchirent la nuit.
Et cette odeur, l’odeur de la peur. Nana racontera plus tard, avec cette voix douce qui se brise à l’évocation de ses souvenirs, la fa. La faim qui tort les entrailles, qui empêche de dormir, qui rend fou. Elle se souvient avoir marché dans les rues d’Athène, la main serrée dans celle de sa mère et avoir vu des corps allongés sur les trottoirs.

Des hommes, des femmes, des enfants morts de faim. On les enjambait. La mort était devenue banale, quotidienne. “La guerre, c’est la peur absolue”, dira-t-elle. Cette peur de manquer, cette peur de disparaître ne la quittera jamais vraiment, même quand elle dormira des décennies plus tard dans des suites d’hôtel de luxe.
C’est une marque au fer rouge. Au cœur de ce foyer modeste, il y a une figure fascinante et destructrice. Constantin Mouscouri, son père, un homme charismatique, beau-parleur, mais hanté par ses propres démons. On le surnomme la chauve-souris. Pourquoi ? Parce qu’il vit la nuit. Il travaille comme projectionniste dans un cinéma en plein air, le cinéchronos.
Pour la petite nana, ce cinéma est un sanctuaire, une église païenne. Tandis que le monde extérieur est un champ de ruine, ici derrière l’écran blanc, caché dans la cabine de projection au milieu des volutes de fumée de cigarettes de son père, elle rêve. Elle regarde les films à l’envers de l’autre côté de la toile.
Elle ne voit pas bien les visages des acteurs. Sa vue baisse déjà terriblement, mais elle entend. Elle s’imprègne des voix, des musiques, des dialogues. C’est là, dans cette boîte magique que son oreille absolue se forme. Elle apprend à écouter le monde avant de le voir. Elle apprend que le son est plus fiable que l’image. Mais Constantin n’est pas seulement un rêveur nocturne.
C’est un flambeur, un joueur invétéré. Le peu d’argent que la famille gagne, il le perd sur les tapis verts ou dans des paris insensés. L’insécurité financière est totale à la maison. Alice, la mère de Nana, une femme d’une force herculéenne, tente de maintenir le navire à flot. Elle travaille parfois comme ouvreuse dans ce même cinéma, humiliée de devoir servir les clients pendant que son mari dilapide leurs maigres ressources.
Les disputes éclatent, violentes, passionné. Nana et sa sœur aîné génie se cachent sous les draps, les mains sur les oreilles, priant pour que la tempête passe. Et c’est ici que se nou le drame secret de la vie de Nana, la blessure originelle qui ne cicatrisera jamais tout à fait. Il faut que vous sachiez une chose fondamentale.
Dans la famille Mouscouri, Nana n’était pas l’élue. Elle n’était pas la star. Ce rôle appartenait de droit divin à Génie. Génie, la sœur aînée, était tout ce que Nana n’était pas. Génie était belle, solaire, confiante, extravertie. Elle avait une voix puissante, une technique naturelle, une assurance qui commandait le respect dès qu’elle entrait dans une pièce.
Nana, elle était le vilain petit canard. Timide, gauche, en surpoids, elle se sentait l’aide, insignifiante et il y avait ses lunettes. Dès son plus jeune âge, sa myopie sévère l’oblige à porter des vercus de bouteilles qui lui mangent le visage. À l’école, les enfants sont d’une cruauté sans nom.
On l’appelle la chouette quatre yeux. Nana se recroqueville. Elle s’excuse d’exister. Plus étrange encore, Nana est avec une malformation physique rare, presque inconcevable pour une future chanteuse. Elle ne possède qu’une seule corde vocale qui fonctionne véritablement. L’autre est atrophiée, paresseuse, inerte.
Médicalement, elle ne devrait pas pouvoir chanter ou du moins pas avec puissance. Sa voix est voilée, différente, fragile. C’est un murmure comparé à la puissance de sirène de génie. Pourtant, les deux sœurs partagent le même rêve fou, le conservatoire d’Athènes. Elles veulent chanter pour échapper à la misère, pour s’envoler loin de la pauvreté et des disputes parentales.
Mais le destin, cruel et pragmatique va frapper à la porte. À cause des dettes de jeu du père, les caisses sont vides. Il n’y a plus d’argent, pas assez pour payer les études longues et coûteuses de deux filles. Il faut choisir. Une seule ira au conservatoire, l’autre devra travailler pour ramener de l’argent à la maison.
La logique, la raison pure, aurait voulu que ce soit génie. C’était elle la douée, c’était elle l’aînée. Mais les parents prennent une décision qui va bouleverser l’ordre des choses et le psychisme de Nana à jamais. Ils choisissent la cadette. Ils choisissent Nana. Pourquoi ? Était ce une intuition de génie caché ou peut-être de manière plus pragmatique et cruelle, pensait-il que Génie, avec sa beauté et son charisme trouverait facilement un mari pour s’en sortir ? Alors que Nana, cet enfant introverti, différente et miope, avait besoin de la musique comme d’une
béquille, d’un métier pour survivre dans ce monde. Quoi qu’il en soit, le verdict tombe comme une lame de guillotine. Et génie, génie s’efface. Sans un mot de reproche, avec une dignité bouleversante, elle sacrifie son rêve pour que sa petite sœur puisse vivre le sien. Elle part travailler. Elle devient spectatrice de la vie qu’elle aurait dû mener.
Elle regarde sa petite sœur le chemin qu’elle avait tracé pour elle-même. Ce sacrifice va hanter Nana toute sa vie. Chaque succès, chaque standing ovation, chaque disque d’or sera teinté d’une culpabilité indélébile, une tâche que rien ne peut laver. Elle ne chante pas pour elle-même, elle chante pour deux. Elle porte le poids du destin volé de sa sœur.
Elle doit réussir non par ambition, mais par dette d’honneur. C’est le syndrome de l’imposteur poussé à son paroxisme absolu. J’ai chanté pour me faire pardonner d’avoir pris sa place, avourra-t-elle des décennies plus tard, les larmes aux yeux. Imaginez le poids sur les épaules d’une adolescente devoir justifier chaque jour que le sacrifice d’une autre en valait la peine.
Au conservatoire, Nana ne travaille pas, elle charbonne. Elle étudie le champ classique, l’opéra, le piano, l’harmonie avec l’acharnement d’une força. Elle discipline cette corde vocale unique jusqu’à en faire un instrument de précision chirurgicale. Elle apprend à utiliser son souffle, son diaphragme pour compenser sa faiblesse physique.
Elle transforme son handicap en signature. Ce voile dans la voie, cette pureté cristalline qui semble venir d’ailleurs, c’est le résultat d’une lutte anatomique contre son propre corps. Mais si son corps est au conservatoire, plié à la discipline de faire de la musique classique, son âme, elle vagabond d’ailleurs. La nuit en secret, elle colle son oreille au vieux poste de radio familial.
Elle tourne le cadrant, cherchant à travers les grés humans une voix venue d’Amérique et soudain le choc, le jazz et la fit Gerald, Billy Olidet, Franck Sinatra. Cette musique c’est la liberté, c’est l’improvisation, c’est l’émotion brute sans corset. Rien à voir avec la rigidité de Mozart ou de Verd qu’on lui enseigne le jour.
Le jazz parle de souffrance, d’espoir, de vie réelle. Nana s’identifie à ses voix noires américaines. Elle sent que sa place est là, dans cette vérité là, dans cette imperfection sublime. Elle commence à mener une double vie dangereuse. Le jour, elle est l’élève modèle chantant des Arias de Schubert. La nuit, elle s’échappe pour chanter dans des petits clubs d’Athènes comme le légendaire Aki.
Elle chante du jazz, le cœur battant, terrifiée à l’idée d’être découverte, mais ivre de cette nouvelle liberté et l’inévitable se produit. Son professeur au conservatoire, un puriste sévère qui considère le jazz comme une musique de basfond, une musique sale, découvre sa trahison.
La sentence est immédiate, brutale, humiliante. Nana est convoquée. On ne lui laisse aucune chance de s’expliquer. Elle est renvoyée, expulsée, interdite de passer ses examens finaux. 8 années d’étude balayé en une seconde. On lui dit qu’elle a sli sa voix, qu’elle a gâché son potentiel, qu’elle est une honte pour l’institution.
Pour n’importe qui, cela aurait été la fin. L’effondrement total, le retour à la maison, la tête basse, prête à accepter un destin de secrétaire ou d’épouse docile sous le regard déçu des parents qui avaient tout misé sur elle. Mais c’est mal connaître la résilience de celle qui a survécu à la famine.
C’est mal connaître le feu qui brûle sous la glace. Ce renvoi qui semblait être une malédiction va se révéler être la plus grande bénédiction de sa vie. Car libéré des chaînes académiques, Nana est enfin libre de rencontrer son véritable destin. Et rendant Athène, rejeté par l’élite, Nana continue de chanter dans les clubs pour quelques drac.
Et un soir de 1958, un homme entre dans le Zaki. Il ne s’agit pas de n’importe qui. C’est Mano Adjidaki. Pour vous situer, Mano Adjidaki est à la Grèce ce que George Gerin est à l’Amérique ou Serge Ginsbourg à la France. C’est un génie, un monument national. Il s’assoit, commande un verre et écoute. Sur scène, cette jeune fille aux lunettes noires, immobile comme un piquet, chante.
Elle ne fait pas de chaud. Elle ne bouge pas les hanches. Elle se contente d’être là et de laisser sa voix raconter une histoire. Adjidaki est foudroyé sur place. Il n’entend pas les défauts techniques que les professeurs du conservatoire critiquaient. Il entend une âme. Il est fasciné par ce timbre unique, ce léger voile.
Il voit en elle la voix de la graisse moderne, mélancolique, digne, profonde. Il la prend sous son aile. Il devient son pigmalon. Il compose pour elle. En 1959, il l’inscrit au premier festival de la chanson grecque. Nana doit chanter Capuhi Yagimu. Mon amour est quelque part. Imaginez la scène. Le théâtre est comble. L’élite culturelle est là.
Nana monte sur scène, tétanisée. Elle porte une robe simple, presque austère. Elle garde ses mains le long du corps comme une écolière punie. Et surtout, elle garde ses lunettes. Elle ne cherche pas à séduire les hommes. Elle cherche à toucher les cœurs. Elle ouvre la bouche et le temps s’arrête.
Ce n’est pas une performance vocale, c’est une prière. La pureté de son timbre traverse la salle comme une flèche de lumière. Quand la dernière note s’éteint, il y a un silence puis un tonner d’applaudissement. Elle remporte le premier prix. Le vilain petit canard vient de déployer ses ailes devant la nation entière.
Mais la Grèce est trop petite pour elle. Sa voix n’a pas de frontière. Paris l’appelle. Nous sommes au début des années 60. Nana débarque en France. Mais attention, le paris de 1960, c’est un tourbillon. C’est l’époque des yeyés de la nouvelle vague. Les idoles s’appellent Brigitte Bardau, Sheila, Sylvie Vartan. La mode est à la miniupe, à la blondeur, à la légèreté, au sexapile assumé.
Et voici Nana, brune, grave, vêtu de robes longues et classiques, ne parlant pas bien la langue et toujours ses lunettes. Le choc culturel est violent. Les producteurs français obsédés par l’image sont t orifiés. Il voi le talent certes, mais il déteste le packaging. Mademoiselle Mouscouri lui disent-il avec une condescendance insupportable.
Vous avez une voix sublime, c’est indéniable. Mais par pitié, enlevez ces horribles lunettes. Vous ressemblez à une bibliothécaire, pas à une star. Personne ne fantasmera sur vous avec ça. Vous devez être sexy. La pression est immense. On veut la broyer, la mouler, la transformer. On veut lui faire porter des lentilles, la maquiller à outrance, lui couper les cheveux, lui faire chanter des buettes légères pour adolescents.
On veut gommer tout ce qui fait sa singularité pour en faire un produit standardisé, consommable et jetable. Nana, cette jeune femme timide qui s’excuse presque d’exister, trouve alors en elle une force insoupçonnée, une résistance de fer. Elle regarde ses hommes de pouvoir dans les yeux et elle dit “Non, sans mes lunettes, je suis nu.
C’est mon bouclier, explique-elle. Elle a compris instinctivement quelque chose de fondamental. Ces ver fumés ne sont pas un accessoire de mode. Ils sont la barrière vitale entre son hypersensibilité et la violence du monde. Ils sont la fenêtre par laquelle elle peut observer sans être totalement dévorée par les regards.
Ils lui permettent de monter sur scène, d’affronter des milliers de per Dieux, tout en gardant une part de mystère, une part d’elle-même à l’abri. “Si j’enlève mes lunettes, je perds ma voix”, dira-t-elle. C’est son armure. Elle tient bon. Elle refuse la facilité. Et le destin va lui donner raison grâce à une rencontre improbable.
Harifonte, le roi du Calypso, la star américaine immense, l’entend chanter. Il est subjugué. Il ne voit pas une bibliothécaire, il voit une reine. Il l’emmène en tournée aux États-Unis et au Canada. Il la présente au public américain. Un soir, alors qu’elle doute encore face aux critiques sur son physique, il lui prend les mains et lui dit “Ne laisse jamais personne te changer.
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