Tes lunettes, c’est toi, c’est ta force. N’essaie pas d’être quelqu’un d’autre, car les autres sont déjà pris.” Cette période américaine est cruciale et souvent oubliée. Nana ne fait pas que de la variété. Elle part à New York avec Kiny Jones. Kincy Jones, celui qui produira Thriller de Michael Jackson 20 ans plus tard. Quincy l’emmène dans les clubs de Harlem.
Il lui fait enregistrer un album de jazz pur, The girl from Grising. Pensez à l’ironie délicieuse de la situation. La petite grec renvoyée du conservatoire d’Athène pour avoir aimé le jazz se retrouve adoubé par les géants du jazz américain à New York. C’est une revanche éclatante, silencieuse mais totale sur tous ceux qui l’avaient jugé indigne.
En Europe, le miracle opère. En 1961, elle enregistre Rose Blanche de Corfou. La chanson sort en Allemagne sous le titre West Rosenhousen. Le contexte est important. L’Allemagne d’après-guerre est un pays traumatisé, en ruine morale, cherchant désespérément la douceur, l’oubli et la rédemption. La voix de Nana, chantant l’espoir dans leur propre langue avec cet accent charmant, agit comme un baume sur une plie ouverte.
Le disque se vend à plus d’un million d’exemplaires en quelques mois. C’est du jamais vu. Nana Mousouri devient une superstar. Elle ne vend pas du sexe. Elle ne vend pas du scandale. Elle vend du réconfort. Elle devient la mère spirituelle de l’Europe. Elle chante en français, anglais, allemand, espagnol, italien, japonais, mandarin.
Elle devient la citoyenne du monde par excellence. Si cette ascension incroyable vous inspire, si vous pensez que rester fidèle à soi-même est la clé du succès, laissez-nous un j’aime maintenant. C’est important pour nous. Merci. Mais alors que les disques d’or recouvrent les murs de sa maison, une autre mélodie bien plus dissonnante et douloureuse commence à se jouer en coulisse.
Celle d’un cœur qui se brise lentement. En 1961, au tout début de son ascension, Nana a épousé Georgio Spezila. C’était son guitariste, son chef d’orchestre, son premier amour. Un homme brillant, séduisant, musicien talentueux. Ensemble, ils forment une équipe redoutable. Ils ont deux enfants, Nicolas et Hélène. Vu de l’extérieur sur les photos de magazine sur papier glacé, c’est le tableau du bonheur parfait.
La star internationale et son mari dévoué, unie par la musique et l’amour, parcourant le monde main dans la main. Mais Nana a récemment brisé cette image d’épinale pour révéler la toxicité qui régnait derrière les portes closes. Georgios vivait mal la lumière. Plus Nana brillait, plus il s’assombrissait. C’est le drame classique, presque antique, de l’homme qui ne supporte pas que sa femme le dépasse, qu’elle soit le soleil et lui l’ombre.
La jalousie s’installe. Pas la jalousie d’un autre homme, mais la jalousie du succès. Il commence à lui faire des reproches, il critique ses choix, il minimise ses triomphes et pire que tout, il commence à exiger l’impossible. “Mon mari voulait que j’arrête”, a avoué Nana récemment. la voix tremblante.
Il voulait que je renonce à ma carrière pour être une épouse à temps plein. Imaginez la violence psychologique de cette demande. L’homme qui est censé vous aimer le plus au monde, celui qui vous a accompagné depuis le début, vous demande de tuer ce qui vous rend vivante. Il lui demande de choisir entre son art et sa famille, entre son souffle et son cœur.
Nana se retrouve écartelée. Elle est pétrie de valeur traditionnelle grecque. La famille est sacrée. La femme est le pilier du foyer. Elle culpabilise terriblement. Elle se sent monstrueuse. Chaque départ en tournée devient un déchirement. Elle par la valise pleine de larmes, laissant ses enfants en basage derrière elle.
Elle les appelle chaque soir, le cœur serré, entendant leur voix changer, grandir sans elle. Elle chante des berceuses à la télévision pour des millions d’enfants qui l’adorent. Mais elle n’est pas là pour bordeur les siens. J’ai sacrifié ma vie de famille, admettelle aujourd’hui avec un regret qui ne s’effacera jamais. Mes enfants ont grandi avec une mère absente, une mère qui appartenait au monde avant d’appartenir à eux.
C’est une plaie vive. Le public voit la chanteuse souriante, mais dans sa loge, Nana pleure souvent. Elle se sent coupable d’être célèbre, coupable d’aimer chanter plus que de rester à la maison. La tension avec Georgios devient insupportable. L’amour se transforme en ressentiment puis en indifférence glacée.
En 1975, l’inévitable se produit le divorce. Pour Nana, élevé dans la tradition orthodoxe, c’est un échec cuisant, une honte. Elle se sente. Elle se retrouve seule au sommet de la gloire mondiale, riche, adulée, mais le cœur en miette. Elle a l’impression d’avoir tout gagné, mais d’avoir raté l’essentiel point, c’est à ce moment précis.
alors qu’elle est au plus bas qu’un homme de l’ombre va changer son destin. André Chapelle, il est producteur artistique chez Philips. Il la connaît depuis longtemps. Il est tout l’inverse de Georgios. Il est calme, discret, bienveillant. Il ne veut pas la posséder, il veut la servir. Il ne veut pas qu’elle arrête de chanter. Il veut qu’elle s’épanouisse.
Il aime la femme, pas la star. Il aime Johanna, pas Nana. Doucement, patiemment, il devient son ancre. Il devient son directeur artistique, son oreille, puis secrètement son compagnon. Mais Nana est traumatisée. Elle a peur de refaire la même erreur. Elle a peur de souffrir à nouveau. Elle refuse de l’épouser. Elle refuse d’officialiser.
Ils vivront un amour discret, presque clandestin, pendant des décennies. Ce n’est qu’en 2003, près de trente ans plus tard, qu’elle acceptera enfin de l’épouser. André sera celui qui restera quand les lumières s’éteindront et heureusement qu’il sera là, car les véritables ténèbres approchent. Les années 90 et 2000 marquent, un tournant cruel.
L’industrie musicale change. Le CD remplace le vinyle. Le MP3 arrive. Le marketing devient roi. Les maisons de disque sont rachetées par des multinationales. Nana avec son intégrité, ses chansons à texte, sa douceur commence à gêner. Elle est vue comme un vestige du passé, une antiquité poussiéreuse.
Elle raconte avec amertume comment sa maison de disque historique universal a commencé à la traiter avec une froideur bureaucratique. “Je suis devenu un produit”, dit-elle. On regardait les chiffres plus l’artiste. On ne lui propose plus de promotion. On sort des compilations sans lui demander son avis. On la pousse vers la sortie.
On lui fait comprendre sans le dire qu’elle est périmée, qu’elle n’intéresse plus personne. Blessée dans son orgueil, se sentant inutile, Nana cherche un nouveau sens à sa vie. Elle se lance en politique. En 1994, elle est élue députée européenne pour la Grèce. Elle veut servir son pays. Elle veut être utile autrement que par la chanson.
Mais là encore, la désillusion est brutale. Elle, la pacifiste idéaliste, se retrouve au milieu des requins de Bruxelles. Elle découvre que la politique n’est pas une affaire de cœur mais de compromisque. Elle démissionnera en 1999 écuré, refusant même de toucher sa retraite de parlementaire qu’elle reversera intégralement à l’État grec lors de la crise économique.
Un geste de noblesse rare. Elle se sent rejetée par la musique, rejetée par la politique. Elle a 74 ans. Elle se dit qu’il est temps de partir avant qu’on ne la chasse. En 2008, elle commet ce qu’elle appelle aujourd’hui la plus grande erreur de sa vie. Elle annonce sa retraite. Elle organise une tournée d’adieux mondial gigantesque.
De l’Australie à l’Amérique, elle dit au revoir à son public. Le concert final a lieu à Athène à l’odéon d’Hérodaticus au pied de l’Acropole. Le décor est grandiose, millénaire. Sous les étoiles, elle chante une dernière fois. Elle pleure. Le public pleure. C’est magnifique. C’est tragique. La boucle est bouclée. Elle rentre chez elle en Suisse avec André.
Elle pense qu’elle va enfin se reposer, profiter de la vie, être une grand-mère jardiner. Mais elle ne sait pas encore qu’en posant son micro, elle vient de signer son propre arrêt de mort. La retraite n’a pas été le paradis promis. Ce fut l’enfer. Nana Mousouri confesse aujourd’hui qu’après avoir arrêté de chanter, elle a commencé à dépérir littéralement.
Le silence de sa maison est devenu assourdissant. Sans la scène, sans cet échange d’énergie vitale avec le public, sans les voyages, elle s’est sentie inutile. Vide coquille sans âme. Je me sentais vieillir d’un coup, dit-elle. Je n’avais plus de but. J’attendais la mort. La dépression s’installe. Sournoise, grise, collante.
Elle passe ses journées à regarder le mur, perdu dans ses souvenirs, ressassant le passé. Elle réalise avec effroid que Nana Mousouri n’existe pas sans sa voix, qu’elle ne sait pas être autre chose qu’une chanteuse, qu’elle a tué la seule chose qui la maintenait en vie. Et le corps, comme toujours, finit par exprimer ce que l’âme tait.
C’est ici que réside la révélation la plus choquante, le secret qu’elle a gardé enfoui pendant près de dix ans et qu’elle livre enfin à 90 ans. En 2015, le monde la croit paisiblement retraité, coulant des jours heureux. En réalité, Nana amène un combat à mort. Elle se sent fatiguée, anormalement épuisée. Elle a des douleurs abdominales qu’elle ignore d’abord. Puis elle consulte.
Le diagnostic tombe comme un coup prêt froid, terrifiant. Cancer du pancréas. Le cancer du pancréas, prononcer ces mots, c’est l’un des cancers les plus redoutables, les plus foudroyants. Les chances de survie sont minces, surtout à son âge. Nana encaisse le choc. Elle a 80 ans. Elle pourrait se dire “J’ai eu une belle vie, je laisse tomber.
Je suis fatigué.” Mais non. Une flamme se rallume. La guerrière de Crête se réveille. Cependant, elle prend une décision radicale, le silence absolu. Personne ne doit savoir. Pas un mot à la presse, pas un mot aux fans. Pourquoi ? Par pudeur, oui, sans doute, mais aussi par orgueil. Elle ne veut pas qu’on la voit faible.
Elle ne veut pas de la pitié dans le regard des gens. Elle veut rester cette statue intouchable. Elle entre à l’hôpital dans le plus grand secret, peut-être même sous un faux nom. Elle subit une chimiothérapie lourde, agressive. Pendant 8 mois, c’est le calvaire. Elle perd ses cheveux, cette chevelure légendaire qui était sa fierté.
Elle perd ses forces, elle ne peut plus se lever. Elle vomit, elle souffre. Mais André est là, son mari, son rock. Il lui tient la main pendant les séances de chimio, des heures du rang. Il lui murmure qu’elle est forte. Il lui interdit de baisser les bras. “Mon médecin m’appelle sa championne”, confiera-t-elle plus tard avec un petit sourire timide.
“Pourquoi championne ?” “Parce qu’elle a une volonté de faire.” Elle visualise la scène. Elle visualise le public. Elle se promet que si elle s’en sort, si elle survit à cette horreur, elle ne fera plus jamais l’erreur de s’arrêter. Elle comprend que chanter, c’est vivre, que la musique et son système immunitaire. Et le miracle se produit.
Contre toute attente défiant les statistiques médicales, Nana entre en rémission. Elle a vaincu la bête, mais le destin s’acharne comme pour tester sa détermination. En 2019, une péritonie aigu manque de l’emporter en quelques heures. Opération d’urgence, elle survit encore. En 2021, c’est le Covid, une forme sévère.
Elle se retrouve en soins intensifs avec une double pneumonie. Les médecins sont pessimistes à son âge avec ses antécédents, mais Nana refuse de partir. Elle s’accroche à la vie avec une rage qu’on ne soupçonnait pas chez cette femme si douce. Elle survit trois fois. Ces épreuves ont provoqué un électrochoc, une révélation mystique.
Elle a compris que sa retraite de 2008 était une insulte à la vie. Elle a compris que tant qu’elle a un souffle, elle doit chanter. Non pas pour l’argent, elle n’en a pas besoin. Elle est riche. Non pas pour la gloire, elle l’a déjà. Elle est une légende, mais pour l’existence elle-même. Alors, au mépris de l’âge, au mépris des critiques cyniques qui disent qu’elle est trop vieille, au mépris des assureurs qui ne veulent plus la couvrir, Nana Mousouri revient.
En 2018, elle sort un nouvel album. Le titre est une déclaration de guerre au temps, Forever Jung. Jeune pour toujours. Elle reprend la route. Imaginez le courage qu’il faut. Remonter sur scène à plus de 80 ans. Après une chimio, le corps fragilisé, la voix changée. Elle sait qu’elle ne peut plus chanter les notes aigues d’autrefois. Elle sait qu’elle marche plus lentement, qu’elle a besoin d’aide pour monter les marches. Elle a peur de décevoir.
Je ne veux pas faire pitié, répète-t-elle comme un mantra. Mais le public est là. Les salles sont pleines. Quand elle arrive sur scène, fragile, aidée par ses musiciens, une onde d’amour pure parcourt la foule. Et dès qu’elle ouvre la bouche, la magie est intacte. Le timbre est plus grave, plus voilé, plus sombre, mais l’émotion est décuplée par l’expérience de la douleur surmontée.
Elle ne chante plus la perfection, elle chante la survie. Elle chante la victoire de l’esprit sur le corps. Aujourd’hui, Nana Mousouri a 90 ans. Elle nous regarde à travers ses lunettes noires et pour la première fois, nous comprenons vraiment ce qu’il y a derrière. Il n’y a pas une diva capricieuse.
Il y a une femme qui a porté toute sa vie la culpabilité d’avoir réussi à la place de sa sœur génie. Une femme qui a sacrifié son rôle de mère pour son art et qui emporte les cicatrices invisibles. Une femme qui a été trahie par son premier amour et par l’industrie qu’elle a enrichi. Une femme qui a regardé la mort dans les yeux, chauve et tremblante sur un lit d’hôpital et qui lui a dit “Pas aujourd’hui !” En brisant le silence sur son cancer et sa dépression, Nana Mousouri nous offre son plus beau cadeau, bien plus précieux que toutes
ces chansons. Elle descend de son piédestal pour nous prendre dans ses bras. Elle nous dit que la vulnérabilité n’est pas une faiblesse, que l’on peut avoir peur et avancer quand même, que l’on peut se tromper, tomber et se relever à 80 ans. Elle a décidé de faire encore quelques concerts. Des adieux ? Non, elle ne prononce plus ce mot maudit.
Elle dit simplement qu’elle chantera jusqu’au bout jusqu’à ce que la voix s’éteigne naturellement comme une bougie qui a tout donné. Elle a honoré sa dette en Virginie. Elle a prouvé à son père le flambeur qu’on pouvait réussir honnêtement. Elle a prouvé à ses enfants qu’elle les aimait en leur dédiant ce temps retrouvé et cette sagesse.
Et surtout, elle s’est prouvé à elle-même qu’elle n’était pas un imposteur. Le vilain petit canard de crète est devenu un phénix et les phénix ne meurent jamais vraiment. Ils renaissent de leur cendre encore et encore. Alors, la prochaine fois que vous entendrez l’enfant au tambour ou soleil soleil, n’écoutez pas seulement la mélodie, écoutez la résilience.
Écoutez le bruit d’un cœur qui bat encore fort, très fort, sous la robe noire. Écoutez le chant d’une survivante. Merci infiniment du fond du cœur de nous avoir accompagné dans ce voyage émotionnel. Si l’histoire de Nana Mouskouri vous a touché, si elle vous a inspiré à ne jamais abandonner vos propres rêves, quelle que soit l’adversité, je vous invite chaleureusement à rejoindre notre communauté en vous abonnant.
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Dites-moi dans les commentaires quelle est la chanson de Nana qui vous a marqué. Est-ce qu’elle vous rappelle un moment précis de votre vie ? Je serais honoré de vous lire et d’échanger avec vous. Prenez soin de vous, chérissez vos passions et n’oubliez jamais, tant qu’il y a de la musique, il y a de l’espoir.
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