Les années qui passent et les occasions perdues
À vingt-quatre ans, Adanna quitta Onitsha pour Lagos.
Elle était convaincue qu’elle y rencontrerait enfin l’homme à la hauteur de ses exigences.
Elle se retrouva entourée de banquiers, d’entrepreneurs, de fils de politiciens et de cadres influents.
Pourtant, même Lagos ne parvint pas à lui offrir l’homme parfait qu’elle cherchait.
Parce que cet homme n’existait que dans son imagination.
Lorsque Nneka lui annonça qu’Emeka l’avait demandée en mariage, Adanna répondit avec un sourire poli.
Lors de leur mariage, elle dansa, distribua de l’argent aux musiciens et félicita le couple.
Mais plus tard, elle murmura que son amie s’était contentée d’un simple fils de mécanicien.
Quelques années plus tard, une autre amie, Amara, épousa un ingénieur au sourire imparfait et au léger embonpoint.
Adanna eut la même réaction.
— Elle est bien trop belle pour lui. Jamais je n’accepterais cela.
Amara lui répondit calmement :
— Un trône sans personne à côté reste simplement une chaise.
Adanna changea aussitôt de sujet.
Les années passèrent.
Les hommes qu’elle avait rejetés devinrent les maris d’autres femmes.
Les amies qu’elle considérait comme résignées construisirent des familles.
Des maisons remplies d’enfants.
De rires.
De disputes.
De souvenirs.
De prières partagées.
Adanna, elle, demeurait élégante.
Respectée.
Admirée.
Et profondément seule.
Au mariage de la fille d’Emeka et de Nneka, elle observa l’homme qu’il était devenu.
Ses cheveux grisonnaient légèrement aux tempes.
Ses épaules étaient plus larges.
Sa présence inspirait la confiance.
Il portait un agbada blanc qui semblait avoir été gagné par le travail et les années.
Leurs regards se croisèrent brièvement.
Adanna retint son souffle.
Mais Emeka ne chercha pas à l’humilier.
Il ne révéla à personne ce qu’elle lui avait dit autrefois.
Cette absence de vengeance lui fit plus mal que n’importe quelle revanche.
Lorsqu’il prit le micro, il parla uniquement de sa fille.
Du mariage.
De l’amour.
De la patience.
Du courage de choisir une personne réelle et imparfaite.
La salle entière l’applaudit.
Nneka essuya discrètement quelques larmes.
C’étaient les larmes paisibles d’une femme aimée depuis de nombreuses années.
Adanna baissa les yeux.
Et les souvenirs commencèrent à remonter.
Elle pensa à Bode, l’homme respectueux qu’elle avait quitté parce qu’il avait une fille d’une précédente relation.
Elle se souvint de Chidi, l’architecte discret qu’elle avait jugé trop ordinaire.
Avant de partir, il lui avait dit :
— Tu attends toujours un cheval blanc alors que les vrais hommes avancent à pied.
À l’époque, elle avait ignoré cette remarque.https://cuisinesavoureuse.gernarb.com/a-54-ans-elle-comprit-enfin-le-prix-de-son-orgueil/3/#:~:text=Quand%20l%E2%80%99orgueil%20laisse,trouv%C3%A9%20la%20paix.
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