“Comme d’habitude” : La chanson d’un homme blessé
En 1967, France Gall trouve enfin la force de dire “stop”. Elle rompt par téléphone, refusant de subir un énième été d’enfermement à Saint-Tropez. Blessé dans son orgueil, Claude François co-écrit alors “Comme d’habitude”. Si le monde entier y voit une chanson d’amour mélancolique, France Gall y voit une manipulation. Cloclo affirmera que la chanson lui était dédiée, la dépeignant comme une femme froide et distante. La réponse de l’intéressée sera cinglante : « Le monstre que décrit la chanson, ce n’était pas moi ». Elle rétablissait ainsi une vérité douloureuse : le véritable tyran du quotidien, c’était lui.
Le Staline des plateaux
Cette nature tyrannique ne s’arrêtait pas à la sphère privée. Claude François gérait son empire et ses collaborateurs, dont les célèbres Claudettes, avec une main de fer frôlant l’absurde. On a retrouvé des notes de service où il exigeait des retenues sur salaire pour des cintres perdus ou s’en prenait violemment à son chauffeur pour un siège mal réglé. Qualifié de “Staline des plateaux”, il humiliait ses équipes en public pour la moindre erreur, exigeant une perfection que lui-même ne pouvait toujours pas atteindre.
Une dignité finale

Jusqu’à sa disparition en 2018, France Gall est restée d’une dignité exemplaire. Elle n’a jamais cherché à détruire la légende par vengeance, mais elle a refusé de laisser le mensonge perdurer. Elle a reconstruit sa vie dans la lumière et le respect avec Michel Berger, laissant derrière elle l’image d’une femme qui a su s’arracher aux griffes d’un homme qui voulait la modeler à sa guise.
Le message qu’elle nous laisse est puissant : les monstres ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Parfois, ils portent un sourire éclatant et chantent des tubes populaires, mais la vérité finit toujours par rattraper la légende.