
— Deux ? ai-je demandé. Tu ne finis même pas le tien d’habitude. Elle m’a regardé avec ce sérieux que seuls les enfants savent avoir :
— C’est pour un garçon de ma classe. Il n’a rien mangé aujourd’hui. Je lui ai donné la moitié du mien.
Je suis resté immobile, parcouru de frissons, comme si le temps s’était arrêté. Dans ce petit geste, j’ai revu la fille de mon enfance.
Celle qui m’avait nourri alors que personne ne voyait ma faim. Sa bonté n’avait pas disparu : elle avait voyagé à travers moi, et maintenant, à travers ma fille.
Je suis sorti sur le balcon et j’ai levé les yeux vers le ciel, les larmes aux yeux. Tout à coup, j’ai ressenti ma faim d’autrefois, ma honte, ma gratitude et ma joie entremêlées.
Cette fille ne se souviendra peut-être jamais de moi. Elle ne saura sans doute jamais l’impact qu’elle a eu. Mais moi, je ne l’oublierai jamais.
Car elle m’a appris qu’un simple geste de générosité peut transformer une vie.
Et maintenant, je le sais : tant que ma fille partagera son pain avec un autre enfant, la bonté continuera d’exister.
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