Il avança pourtant d’un pas assuré. Il porta sa main à son oreille, comme s’il percevait un bruit lointain, puis s’accroupit et toucha le sol. Avec une expression de panique parfaitement maîtrisée, il désigna l’est et mima l’arrivée imminente d’une importante force française.
Déconcertés par cette scène et troublés par l’assurance du jeune homme, les soldats échangèrent quelques regards avant de battre en retraite. Quelques minutes plus tard, la clairière était vide.
Les enfants regardaient Marcel avec admiration. Il n’avait ni arme ni uniforme de soldat. Sa force résidait dans le pouvoir des gestes.
De Marcel Mangel à Marcel Marceau
La guerre lui prit également une part de lui-même. Son père, Charles Mangel, un boucher juif de Strasbourg, fut arrêté par la Gestapo en 1944 après avoir été dénoncé et fut déporté à Auschwitz, d’où il ne revint jamais.
Cette perte marqua profondément Marcel. Après la Libération, alors qu’il se produisait devant des milliers de soldats américains, il ressentait à la fois la joie de l’art et l’immense douleur du deuil.
C’est dans cette période qu’apparut son personnage le plus célèbre : Bip. Avec son pull rayé, son chapeau usé et sa fleur fanée, Bip incarnait la solitude, la fragilité humaine, les espoirs contrariés et la capacité de continuer malgré les épreuves.
Au fil des années, Marcel Marceau devint l’un des plus grands artistes du mime. Son personnage de Bip parcourut le monde entier et fit de lui une légende vivante.
En 2001, une fondation lui remit la médaille Raoul Wallenberg pour avoir risqué sa vie afin de sauver des enfants juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Ce jour-là, il surprit le public en déclarant avec humour :
« Ne laissez jamais un mime parler, parce qu’il ne s’arrêtera plus. »
Puis il évoqua son enfance, son père, l’influence de Charlie Chaplin et le souvenir des vingt-quatre enfants qu’il avait conduits jusqu’en Suisse. Il expliqua qu’il avait appris à effacer sa propre voix afin que d’autres puissent continuer à vivre.
Marcel Marceau s’éteignit le 22 septembre 2007, jour de Yom Kippour, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Il repose au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, sous une pierre discrète marquée d’une étoile de David.
Son héritage dépasse pourtant les scènes de théâtre et les musées. Il demeure dans la mémoire des survivants qu’il a aidés, dans le courage silencieux qu’il a incarné et dans l’idée qu’un geste, aussi simple soit-il, peut parfois devenir un acte de résistance et une source d’espérance.
Lors d’une traversée particulièrement dangereuse, le groupe se retrouva face à une trentaine de soldats allemands dans une clairière. Les enfants se figèrent. Marcel sentit alors le poids de toutes ces vies reposer sur ses épaules.
Il avança pourtant d’un pas assuré. Il porta sa main à son oreille, comme s’il percevait un bruit lointain, puis s’accroupit et toucha le sol. Avec une expression de panique parfaitement maîtrisée, il désigna l’est et mima l’arrivée imminente d’une importante force française.
Déconcertés par cette scène et troublés par l’assurance du jeune homme, les soldats échangèrent quelques regards avant de battre en retraite. Quelques minutes plus tard, la clairière était vide.
Les enfants regardaient Marcel avec admiration. Il n’avait ni arme ni uniforme de soldat. Sa force résidait dans le pouvoir des gestes.
la suite dans la page suivante