Je tournai brusquement la tête.
— Quelle fois ?
Les deux garçons restèrent silencieux.
Puis Noah murmura :
— Celle où elle a cassé le vase.
Un souvenir flou traversa mon esprit.
Un vase ancien brisé dans le salon.
Caroline avait affirmé que Lily l’avait fait tomber.
Lily avait présenté ses excuses.
J’avais cru l’histoire.
À l’époque.
Je pris le téléphone.
L’écran était éteint.
La batterie morte depuis longtemps.
— Vous l’avez regardé ?
Les deux garçons secouèrent la tête.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que Lupi a dit que c’était seulement pour toi.
Je restai immobile quelques secondes.
Puis je glissai le téléphone dans ma poche.
Quand nous redescendîmes, Caroline était rentrée dans la maison.
Sa voix résonnait dans le salon.
Légère.
Détendue.
Comme si rien d’important ne s’était produit aujourd’hui.
Comme si une femme innocente n’avait pas été emmenée menottée devant deux enfants terrifiés.
— Les garçons vont mieux ? demanda-t-elle avec un sourire.
Je la regardai.
Longtemps.
Peut-être plus longtemps qu’elle ne l’aurait voulu.
Quelque chose changea dans son regard.
Juste une seconde.
Une petite hésitation.
Comme si elle sentait que quelque chose lui échappait.
— Ça va ? demanda-t-elle.
— Oui.
Le mensonge sortit naturellement.
Trop naturellement.
Parce que je n’étais plus certain de rien.
Cette nuit-là, j’attendis.
Je laissai Caroline s’endormir.
Je restai allongé à côté d’elle dans l’obscurité.
Écoutant sa respiration régulière.
Observant le plafond.
Rejouant chaque détail de la journée.
Chaque larme de Lily.
Chaque regard de Noah.
Chaque sourire de Caroline.
Vers deux heures du matin, je quittai finalement le lit.
Je descendis dans mon bureau.
Branchai le vieux téléphone à un chargeur.
L’écran resta noir plusieurs minutes.
Puis soudain…
Une faible lumière apparut.
Mon cœur accéléra.
Le téléphone vibra.
Un seul fichier vidéo apparaissait dans la galerie.
Un seul.
Daté d’il y a près de huit mois.
Huit mois.
Bien avant l’arrestation.
Bien avant les bijoux.
Bien avant aujourd’hui.
Je lançai la vidéo.
L’image tremblait.
Comme si quelqu’un avait caché l’appareil derrière une étagère.
On distinguait difficilement le salon.
Puis une voix apparut.
La voix de Caroline.
Mon sang se glaça immédiatement.
Je montai le volume.
Et lorsqu’une deuxième personne entra dans le champ de la caméra, mon souffle se coupa.
Parce que cette personne ne devait pas être là.
Pas à cette date.
Pas dans cette maison.
Pas avec Caroline.
Je fixai l’écran.
Incapable de cligner des yeux.
Puis la vidéo continua.
Et les premiers mots prononcés par cet homme me firent comprendre que les bijoux volés n’étaient peut-être que la plus petite des choses qu’on m’avait cachées.
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